Dans le contexte actuel, où les systèmes de protection sociale publics sont rapidement étendus, la couverture des populations les plus vulnérables fait l’objet de beaucoup de discussions, notamment en termes de protection sociale et de transferts de fonds humanitaires. Perçus comme étant avant tout un nombre additionnel de dossiers ‘humanitaires’, le cadre juridique régissant les populations déplacées de force (et les séries de dividendes qui y sont liées) ont de réelles conséquences sur la capacité de ces populations à accéder aux systèmes de protection sociale.

Deux tiers des populations déplacées de force étant dans cette situation de façon prolongée, le webinaire intitulé « Opportunités (manquées) ? Le COVID-19 est-il un accélérateur ou un frein à l’inclusion des populations déplacées de force, en termes de protection sociale et de transferts de fonds humanitaires ? »  s’est tenu le 18 juin 2020. Cette session avait pour objectif de présenter une vision d’ensemble de l’inclusion dans les systèmes de santé, via les efforts humanitaires et de développement, et dans le cadre duquel le Covid-19 est considéré comme un accélérateur, un frein ou un catalyseur d’opportunités nouvelles en termes d’inclusion.

Les intervenants ont commenté des cas concrets en Mauritanie, en République du Congo et au Brésil. Ils ont aussi exploré de possibles mécanismes de financement et la possibilité de passer d’une assistance sociale à de potentielles mesures d’intervention liées au marché du travail, afin de déployer l’utilisation de fonds. Sur la base du cadre présenté dans un webinaire précédent en date du 16 juin, cet événement a mis en avant des exemples d’autres agences, et une exploration plus poussée des liens avec les systèmes de protection sociale.

Cet événement a été organisé par l’UNICEFl’IFRC et le DFID, en collaboration avec l’UNHCR. La discussion a été facilitée par Zehra Rizvi, avec les intervenants invités suivants : Mamadou Dian Balde (UNHCR), Ferdila Ouattara (UNHCR République du Congo) et Thais Braga (AVSI Brésil).

Vous pouvez accéder à l’enregistrement intégral du webinaire ainsi que les slides de présentation utilisés.

 

Réponses apportées en termes de protection sociale durant la pandémie de Covid-19 pour les populations déplacées de force

Mamadou a débuté sa présentation en partageant un panorama global des populations déplacées de force. Les dernières données de l’UNCHR montrent que plus d’1% de l’humanité est déplacé de force, et que plusieurs millions de personnes ne sont pas en mesure de revenir dans leur pays d’origine ni de s’intégrer localement là où elles se trouvent. En sus, plus de trois quarts des réfugiés sont dans cette situation à long terme.  Assurer l’inclusion et l’auto-suffisance des populations déplacées est, par conséquent, plus crucial que jamais, afin d’être en mesure d’atteindre les Objectifs de Développement Durable (Sustainable Development Goals) et les engagements pour ne laisser personne de côté (Leave No One Behind commitments).

Les réfugiés et les populations déplacées sont impactées par la pandémie de COVID-19 de façon disproportionnée, autant en termes d’impact social qu’économique. Aux Amériques par exemple, plus de 80% des personnes auxquelles l’UNHCR vient en aide, vivent dans des zones urbaines et ont perdu leur travail à cause de l’épidémie et des mesures mises en place pour contenir la pandémie. On observe des schémas similaires dans les pays et régions qui accueillent un grand nombre de réfugiés comme le Liban, la Jordanie, ainsi que l’Afrique de l’Est et l’Afrique du Sud. Pour s’assurer que les personnes déplacées sont protégées contre l’impact et les effets du COVID-19, et que les réponses apportées à la crise permettent d’accélérer l’inclusion des personnes déplacées de force, trois mesures clés doivent être mises en place, en capitalisant sur les efforts pre-COVID-19 tels que la Déclaration de New York et le sous-guichet régional d’IDA-18 pour l’aide aux réfugiés et aux communautés d’accueil de la Banque Mondiale.

  • Mesure clé 1 : Des processus d’inscription/ d’enregistrement flexibles pour accéder aux prestations : par exemple, au Portugal et dans plusieurs autres pays, les réfugiés disposant de documents valables (statut de demandeur d’asile) peuvent maintenant accéder à une protection sociale de façon temporaire.
  • Mesure clé 2 : Une aide sociale pour répondre aux besoins de base et réduire les risques pour la protection : en Mauritanie, le gouvernement soutient les zones qui accueillent des réfugiés via deux cycles de soutien financier, et un complément financier pour les zones touchées par l'insécurité alimentaire. L’UNCHR a comblé les disparités en fournissant un support additionnel à environ 2,500 familles.
  • Mesure clé 3: Une aide aux moyens de subsistance et à l’accès au marché du travail pour favoriser les revenus et l’autonomie. Par exemple, les réfugiés qui font partie du programme MADE 51 – qui soutient et promeut les produits faits par des réfugiés – ont produit et fournit des masques de protection et du savon à leurs communautés locales au Cameroun.

Avec ces mesures, les gouvernements peuvent faire de la crise COVID-19 une opportunité d’accélérer l’inclusion des réfugiés et des personnes déplacées.

 

Etude de Cas : République du Congo

Ferdila a partagé un exemple dans lequel les réfugiés ont pu être inclus dans le programme « Filet de Sécurité » Lisungi en République du Congo (RDC). Elle a commencé par expliquer le contexte : la RDC a accueilli des réfugiés des pays voisins depuis les années 1970, et avec beaucoup d’entre eux qui s’y sont installé ainsi qu’un soutien réduit de la communauté internationale, a émergé le besoin fort de renforcer les solutions nationales et locales pour répondre aux besoins des personnes déplacées. 

En 2016, l’UNHCR a commencé à travailler avec la Banque Mondiale, dans le cadre du soutien apporté via un sous-volet. Ensemble ils ont identifié Lisungi en tant que programme clé qui peut fournir un soutien concret aux populations réfugiées, et planifié de l’étendre à la partie nord du pays. La phase de préparation a duré de 2017 à 2019, avec un plan prévoyant la mise en œuvre du programme en 2020. La pandémie, malheureusement a repoussé ce processus, mais Ferdila note que le gouvernement est déjà en train de répondre à la crise en fournissant une assistance financière d’urgence pour les communautés affectées, ce qui inclut automatiquement les populations réfugiées et les demandeurs d’asile – et ce, grâce au travail de préparation fait ces deux dernières années. Sur cette base, l’UNCHR continuera à travailler avec le gouvernement et la Banque Mondiale pour accroitre l’échelle des transferts de fonds dans le cadre de Lisungi, et améliorer l’accès aux opportunités en termes d’éducation, de santé et de moyens de subsistance pour les communautés réfugiées.

 

Etude de Cas : Brésil

Suite à la présentation de Ferdila, Thais a partagé ses réflexions fondées sur l’expérience AVSI au Brésil. AVSI collabore avec l’UNCHR depuis 2018, pour soutenir les populations réfugiées vénézuéliennes dans l’état de Roraima, au nord du Brésil. Quelques jours seulement après leur arrivée au Brésil, les réfugiés se voient remettre des documents qui leur donnent accès à la multitude de services dont les citoyens bénéficient (protection sociale inclue). Lorsque le COVID-19 a commencé à sévir, le gouvernement a étendu les programmes de protection sociale, tel que Bolsa Familia, qui couvre déjà les populations réfugiées, en assouplissant les critères d’éligibilité et en fournissant un soutien additionnel aux bénéficiaires actuels et nouveaux. Cela illustre l’importance d’un système de protection sociale bien conçu et adaptable, qui permette d’amortir l’impact de ce type de chocs à grande ampleur sur les populations vulnérables. Thais a souligné que l’AVIS, l’UNHCR et leurs partenaires promeuvent l’inclusion des migrants et des réfugiés en sensibilisant à leurs besoins et leurs situations, en facilitant l’accès aux papiers, et en améliorant l’accès aux opportunités d’emploi pour les protéger des conséquences économiques à long et moyen terme de cette pandémie.

 

Le webinaire s’est conclu avec une session riche de questions/ réponses, accessible ici. Vous pouvez également participer à ces questions/ réponses ici.

 

Cet article de blog fait partie de la série de webinaires intitulée Lier la Protection Sociale aux fonds humanitaires, qui rassemble des synthèses de webinaires organisés par l’IFRC,UNICEF et DFID sur ce sujet. Afin de posséder les bases de ce sujet, n’oubliez pas de regarder le webinaire fondateur sur ce thème : Démystifier les points d’entrée pour les humanitaires. Si vous avez des idées ou remarques sur cette synthèse de webinaire, n’hésitez pas à nous en faire part, en ajoutant vos commentaires ci-dessous !

 

Cela fait également partie de la série de webinaires intitulée « Réponses apportées en termes de protection sociale durant la pandémie de Covid-19 ». Cette série est un effort conjoint initié par IPC-IGGIZ, et DFAT en collaboration avec la plateforme socialprotection.org, et avec le concours de différentes organisations partenaires. Rejoignez notre communauté en ligne « Réponses apportées en termes de protection sociale durant la pandémie de Covid-19 [Groupe de travail] » pour en apprendre davantage sur cette initiatives et les webinaires à venir.

 

Traduit de l'anglais par Celine Buguet

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