Les personnes de tous âges souffrant de maladies chroniques sont plus exposées aux graves conséquences du coronavirus. Cependant, ces conditions sont plus fréquentes chez les personnes âgées, les exposant à un risque accru de complications graves. Alors que les gouvernements et les partenaires amplifient leurs interventions et leurs réponses, il est essentiel que la préparation et la réponse au COVID-19 tiennent compte des risques et des défis auxquels sont confrontées les personnes âgées. Ce billet de blog résume le webinaire. Les réponses de la protection sociale au COVID-19 : Des actions qui peuvent faire la différence pour les personnes âgées, a eu lieu le 9 avril 2020 et a été organisé par HelpAge International, International Policy Centre for Inclusive Growth (IPC-IG), Deutsche Gesellschaft für Internationale Zusammenarbeit (GIZ) et le Ministère Australien des Affaires étrangères et du commerce (DFAT).

 

La webinaire était animée par Florian Juergens (Conseiller mondial en protection sociale à HelpAge International), qui a compté sur l’expertise de Gabrielle Kelly (Associé de recherche principal à Samson Institute for Ageing Research, SIFAR), Peter Lloyd-Sherlock (Professeur de politique sociale et de développement international à l’Université d’East Anglia), Cecilia Mbaka (Chef du Secrétariat nationale de la protection sociale du Département d’État de la protection sociale du Kenya). Les orateurs ont expliqué comment les personnes âgées sont particulièrement menacées pendant la pandémie du COVID-19 et ont présenté des directives concrètes sur la façon dont les gouvernements peuvent protéger les personnes âgées durant les versements des pensions et les possibilités de lier les dispositions de la protection sociale à l’aide à la santé. Les développements de la crise COVID-19 au Kenya et les initiatives de réponses du gouvernement ont aussi été discutés.

Vous pouvez regarder l’enregistrement du webinaire ici et accéder à la présentation ici.

 

Mise en scène

Bien que tout le monde soit exposé au coronavirus et aux conséquences sociales et économiques de la crise, les personnes âgées font face à des dangers spécifiques d’un point de vue sanitaire, social et économique, ce qui les met dans une situation de risque accru. Comme les personnes âgées sont plus susceptibles d'avoir des problèmes de santé sous-jacents et un système immunitaire vieillissant, le taux de mortalité dû au COVID-19 augmente massivement avec l'âge. Plus de 80 % des personnes décédées des suites de la COVID-19, en Chine, avaient plus de 60 ans.

En plus d’être exposées à un risque de santé plus élevé, les personnes âgées sont aussi exposées à un risque élevé d’insécurité du revenu, puisqu’elles dépendent de différentes sources de revenus, incluant le travail, les épargnes, le soutien financier de leur famille et des pensions, qui ont tendance à être faibles et irrégulières dans plusieurs cas. On s’attend à ce que les revenus des personnes âgées et le niveau de vie vont diminuer significativement car beaucoup d’entre eux devront cesser toute activité générant du revenus en raison des risques pour leur santé et puisque leur famille pourrait être moins capable de les soutenir. Cette situation est encore plus grave dans les pays à faible revenu, où seulement, en moyenne, 20% des personnes âgées bénéficient d’une sécurité de revenu grâce à un régime de retraite. Dans ce contexte, les femmes âgées sont souvent encore plus défavorisées et plus vulnérables à l’effondrement des revenus parce qu’elles sont moins susceptibles d’avoir une pension ou des économies et de posséder des actifs.

Les gouvernements devraient garantir un accès continu et sûr à la protection sociale pour tous, particulièrement aux pensions des personnes âgées. La protection sociale peut aider les individus à accéder aux services de santé et les soutenir dans l’adoption de mesures de prévention. Elle peut également garantir la sécurité des revenus et l’accès aux biens et services essentiels, ainsi de protéger les capacités et les moyens de subsistance de l’homme. Par conséquent, elle a le potentiel de protéger les individus et les ménages contre les retombées sociales et économiques négatives de la crise.

Au 3 Avril 2020, 106 pays avaient déjà introduit ou adapté des programmes de protection sociale afin de fournir un soutien accru en réponse au COVID-19. Les ajustements des pensions font partie des réponses les plus courantes de la protection sociale, et à ce jour 34 pays ont adapté ou étendu la protection sociale des personnes âgées. Voir quelques exemples ci-dessous.

Lier la protection sociale à l’aide à la santé

Afin d’approfondir la discussion sur le potentiel de la protection sociale à répondre à la crise du COVID-19, Peter Lloyd-Sherlock a abordé certains points généraux concernant les transferts d’argent et les résultats sanitaires et a fait valoir que les points de versements des pensions et les autres lieux de prestation de la protection sociale peuvent être des lieux de risque pour la santé mais également d’opportunité pour la santé. 

Il existe une croyance commune selon laquelle les transferts d’argent liquide peuvent à eux seuls améliorer les résultats sanitaires de certains groupes de personnes. Toutefois, les faits montrent que les transferts d’argent liquide, en tant qu’intervention autonome, n’ont que des effets limités sur les résultats sanitaires des personnes âgées et des personnes handicapées à moins que la distribution d’argent liquide ne soit combinée à d’autres interventions ayant des objectifs sanitaires spécifiques. Cette conclusion est basée, par exemple, sur une recherche qui examine les interventions et les effets des politiques sur la santé des personnes âgées en Afrique subsaharienne.

Bien que les points de paiements des pensions soient des lieux qui peuvent exposer les personnes âgées à des risques pour la santé, ils offrent également des possibilités uniques pour atteindre et s’engager avec les personnes âgées sur une base mensuelle. Dans de nombreux endroits, spécialement dans les zones rurales, les individus ne se rendent pas régulièrement dans les cliniques de santé. Une étude de pilote a prouvé que la fourniture de services de traitements de l’hypertension aux personnes âgées aux points de paiements des pensions peut être très efficace. Les opportunités comprennent le partage d’informations sur la santé et l’orientation de la population en générale, ou plus spécifiquement sur les besoins des personnes âgées, qui peuvent être adaptées aux contextes locaux.

 

Des liens plus ambitieux peuvent être développés avec les professionnels et les organismes de santé locaux pour mettre en place des interventions sanitaires plus spécifiques sur les lieux de prestation de la protection sociale. Par exemple, des infirmières et des agents de santé qualifiés pourraient être disponibles aux points de paiements afin de gérer les risques d’infection sur place, et observer les retraités et les conseiller, les traiter ou les référer en conséquence. Ces opportunités peuvent être saisies au cours de la crise COVID-19 mais peuvent aussi ouvrir la voie à une approche plus holistique et coordonnée de la fourniture d’argent et de soins de santé, ainsi que d’autres services aux personnes âgées et aux personnes handicapées.

 

Consignes pratiques

Gabrielle s’est focalisée sur sa présentation concernant les aspects spécifiques qui peuvent être gérés afin d’améliorer l’administration du versement des pensions pendant la pandémie du COVID-19 et réduire l’exposition potentielle des personnes âgées au virus, en transmettant des informations importantes et régulières à ce groupe à risque et en maintenant leur sûreté et leur sécurité. 

 

a. Réduire le risque d’infections aux points de paiement.

Une option consiste à prendre des dispositions différentes en termes de versement. Par exemple, l’établissement de jours de versement échelonnés permet aux personnes âgées et personnes handicapées de récupérer leurs paiements à des jours ou à des heures différentes de ceux du reste de la population. Les versements de pension peuvent aussi être organisés moins fréquemment, par exemple par le biais de versements anticipés tous les deux ou trois mois. Pour que ces dispositions soient prises, les gouvernements doivent élaborer des plans et des protocoles avec des partenaires externes (par exemple, les banques, les détaillants), si les versements ne sont pas gérés par un organisme public.

Permettre aux personnes âgées de désigner un tiers pour percevoir leur pension est également une option pour éviter les points de paiements surpeuplés. À court terme, cette mesure peut être prise en travaillant avec des organisations communautaires, y compris des groupes religieux, pour collecter et distribuer les pensions de leurs membres ou de leurs congrégations. Cependant, il est risqué d’assurer que les individus recevront effectivement leurs versements. À long terme, cela peut se faire en faisant en sorte que des travailleurs sociaux et de santé communautaires ou du personnel des organismes de paiement se rendent au domicile des personnes âgées pour faciliter la désignation d'une tierce partie.

 

Une autre option pour réduire la nécessité pour les personnes âgées de se rendre aux points de paiement est l’utilisation du versement électronique des pensions. Les options possible pour les versements électroniques sont les cartes de paiement, les porte-monnaie électroniques mobiles ou les paiements collectés chez les commerçants. En optant pour cette modalité, il est important de se rappeler que les personnes âgées ont des difficultés à accéder aux nouvelles technologies et aux distributeurs automatiques de billets, et qu’elles peuvent avoir besoin d’agents disponibles pour les aider.

Bien que difficile, l’idéal serait d’avoir des protocoles de dépistage des symptômes du COVID-19 parmi les personnes qui perçoivent les versements. Les individus dont la fièvre a été détectée devraient recevoir des informations et des conseils sur les endroits où se rendre pour le dépistage, le traitement et le soutien. Des protocoles d’hygiènes devraient aussi être mis en place tels que des installations de base pour le lavage des mains à l’entrée du point de paiement ; le lavage régulier et obligatoire des mains pour le personnel de toutes les agences, ainsi que la fourniture de désinfectant pour les mains pour ceux qui manipulent de l’argent liquide ; des système de files d’attente avec un espace de deux mètres d’une personne à l’autre ; des guichets de paiement placés à au moins deux mètres les uns des autres ; et le nettoyage de tous les dispositifs biométriques entre deux utilisation.

 

b. Le partage d’informations

Les gouvernements, les agences de retraite, les organisations communautaires et les partenaires commerciaux concernés doivent communiquer régulièrement avec le grand public et les populations à risque afin de partager les informations sur la santé. Il est important que le grand public comprenne les risques auxquels sont confrontées les personnes âgées et soit sensibilisé à leur besoin d’avoir un accès prioritaire aux mesures de prévention et aux soins de santé. Le grand public doit aussi être informé que les personnes âgées ne sont pas plus susceptibles de propager le COVID-19 que les autres, pour prévenir la stigmatisation et la discrimination.

Les informations sur les nouvelles modalités de paiement des pensions devraient être largement annoncées. Toutefois, comme les personnes âgées sont plus susceptibles d’avoir un faible niveau d’alphabétisation, des troubles physiques ou sensoriels qui les empêchent d’accéder à l’information, ils sont moins susceptibles d’être exposés aux médias traditionnels. Ainsi, de multiples formats de communication devraient être utilisés, tels que le braille, les messages audio par haut-parleurs et des formats facile à lire qui combinent le texte et les images – en langue locale et en langue des signes.

Enfin, des campagnes de partage d’informations ciblées peuvent être pertinentes, spécialement dans les zones rurales et les communautés difficile à atteindre. Cela peut se faire en générant une liste des ménages où vivent les personnes âgées, soit à partir des bases de données sur les pensions, soit par l’identification des communautés. Les personnes âgées peuvent être contactées avec l’aide des dirigeants et des comités communautaires et obtenir des informations sur les modalités de versement des pensions.

 

c. La sûreté et la sécurité

Les mesures de sûreté et de sécurité sensibles sont importantes afin de protéger les individus vulnérables aux points de paiements. Par exemple, la présence sur place d’un personnel de sécurité bien formé peut aider à gérer la foule, à indiquer aux personnes comment sortir du point de paiement, et de limiter l’entrée des vendeurs et des non-bénéficiaires.

 

La situation du COVID-19 au Kenya

Mme Cecilia Mbaka a partagé des informations sur les récents développements de la crise du COVID-19 au Kenya. Actuellement, 129 personnes sont infectées par le virus dans le pays, avec un cas considéré comme très grave et 19 cas confirmés parmi les personnes âgées de 60 ans et plus (chiffres à partir du 8 avril 2020). Comme la proportion de cas parmi les personnes âgées est assez faible, le gouvernement met en place des interventions ciblant la population générale, en espérant qu’elles atteignent aussi les personnes âgées.

Le gouvernement Kenyan fournit des services de santé gratuits et un soutien aux personnes infectées par le COVID-19 dans les hôpitaux gouvernementaux. Le gouvernement a également mis en place des campagnes de sensibilisation, y compris des briefs quotidiens annoncés par le secrétaire aux finances en s’adressant aux jeunes, pour les sensibiliser à la nécessité de veiller à ne pas contracter la maladie et à ne pas la transmettre aux personnes âgées.

Concernant la circulation des personnes, le gouvernement a demandé à la population de ne pas voyager à l’intérieur et à l’extérieur du pays, et la zone métropolitaine de Nairobi est en quarantaine depuis le 6 avril, qui est également le lieu où l’on trouve la plupart des cas. Ceci devrait permettre d’arrêter la propagation dans les zones rurales, où vivent la majorité des personnes âgées.

Le gouvernement a alloué 100 millions de dollars en réponse au COVID-19 pour les groupes vulnérables, mais la façon dont l’argent sera dépensé est encore en discussion. Étant donné que les personnes âgées sont plus exposées au risque, il est prévu de leur accorder la priorité. La distribution d’une aide supplémentaire éventuelle devrait être facilitée par le fait que la majorité de la population âgée kenyane est déjà enregistrée dans les registres des transferts d’argent liquide. Il y a également une discussion concernant l’extension des transferts d’argent liquide aux personnes âgées de 60 ans et plus, qui sont actuellement exclus des programmes de transferts d’argent liquide destinés aux personnes de 70 ans et plus. Les ressources devraient aussi être affectées en priorité aux bidonvilles et certains comtés, spécialement dans des endroits où les cas du COVID-19 sont élevés.

 

Le webinaire s’est terminée avec une session interactive de questions-réponses, accessible ici. Vous pouvez également vous joindre à la discussion de question-réponses ici.

 

Ce billet de blog fait partie de la sérié de webinaires sur les réponses de la protection sociale au COVID-19. Cette série est un effort conjoint initié par l’IPC-IG, le GIZ au nom du Ministère Fédéral Allemand du Développement Economique et de la Coopération (BMZ), et le Ministère Australien des Affaires étrangères et du commerce (DFAT). En collaboration avec la plateforme socialprotection.org, et en coopération avec des partenaires de différentes organisations.

Rejoignez notre communauté en ligne « Social protection responses to COVID-19 [Task force] » pour en savoir plus sur l’initiative et les futures webinaires.

 

Traduit de l'anglais par Sehida Pala.

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