Ce blog résume les conclusions, idées et recommandations partagées par notre panel d’experts dans le webinaire « L’inclusion des personnes en situation de handicap dans le système de sécurité sociale pour le rétablissement suite à la COVID-19 et au-delà » qui s’est tenu le 1er septembre 2020 et co-organisé par le Ministère des Affaires Etrangères Australien (DFAT), le Partenariat Des Nations Unies sur les Droits des Personnes en situation de Handicap (UNPRPD), le Fonds des Nations Unies pour l’Enfance (UNICEF) et l’Organisation Internationale du Travail (ILO).

Les intervenants étaient Alex Cote, du Programme de Protection Sociale Inclusive de l’UNPRPD-ILO-UNICEF ; Meenakshi Balasubramanian, du Centre pour une Politique Inclusive ; Fatma Wangare, de Inclusion Afrique ; Karishma Huda, du programme Makhota en Indonésie ; et Joaozito dos Santos, de Ra'es Hadomi Timor Oan. La discussion a été animé par Felicity O’Brien, de la Section Protection Sociale du DFAT.

Vous pouvez voir la présentation et l’enregistrement ici.

La COVID-19 a mis en avant des disparités et des structures bloquantes dans toutes les sociétés, attirant l’attention sur la réalité que les personnes en situation de handicap, en particulier, ont vécu à l’intersection entre la pauvreté et l’exclusion pendant trop longtemps. Des estimations montrent que moins de 30% des personnes ayant un sévère handicap à travers le monde ont une quelconque couverture sociale. Dans ce webinaire, les intervenants ont discuté des écarts, freins et opportunités pour l’inclusion des personnes ayant un handicap dans les systèmes de protection sociale et des services gratuits, pour assurer leur participation pleine, digne et efficace de façon globale.

Alex Cote nous a donné une perspective globale des personnes en situation de handicap et des inégalités en amont de la COVID-19. En comparaison avec le reste de la société, les personnes avec un handicap sont confrontées à des coûts supplémentaires conséquents dus à des dépenses spécifiques à leur handicap, telles que des dispositifs d’assistance ou des coûts de transport accrus. En plus de cela, ils subissent aussi des coûts indirects dus aux stigmatisations sociales et aux barrières autour des opportunités scolaires et professionnelles, et des soins basiques.

Désormais, avec les disruptions significatives dans les systèmes d’accompagnement et réseaux de carrière et de vie dues à la COVID-19, ces disparités deviennent de plus en plus fortes. Les leçons de la COVID-19 jusqu’ici, ce sont les disparités majeures observées dans la capacité des pays à soutenir les personnes en situation de handicap à travers cette crise économique et sociale. Il est essentiel que les systèmes de protection sociale soient inclusifs des handicaps, pour répondre aux défis majeurs rencontrés par les gouvernements, surtout dans les pays qui n’ont pas de registres à jour et la capacité d’assurer la distribution de services essentiels et accessibles. Il peut y avoir des conséquences catastrophiques lorsque des personnes en situation de handicap et d’autres citoyens vulnérables passent entre les mailles du filet et ne sont pas soutenus par la sécurité sociale.

Meenakshi Balasubramanian, du Centre pour une Politique Inclusive, a présenté une première analyse de la réponse de l’Inde à la COVID-19 et son impact sur les personnes en situation de handicap. A cause des restrictions de confinement, 57% des répondants à l’enquête ont exprimé avoir des difficultés financières, 42,1% ont évoqué ne pas avoir accès à l’information sur les sujets reliés à la COVID-19, et 42,1% n’ont pas accès à des services de soutien. En réponse à ces défis, le gouvernement Indien a mis en place une pension ponctuelle de 1000INR payée en 3 mois via le Programme National d’Assistance Sociale (NSAP - Indira Gandhi Disability Pension), spécialement pour les personnes ayant un handicap, ainsi que des consignes pour garantir l’accessibilité des services. Cependant, un rapport du Centre national pour la promotion de l'emploi des personnes handicapées (NCPEDP) montre que trop peu d’actions ont été menées pour trop peu de gens – il n’y a pas eu de couverture des enfants avec un handicap, et seulement 7,6% des personnes ayant l’âge de travailler avec un handicap ont été couvertes par la Pension Handicap Gandhi (NSAP), utilisée pour soulager de la COVID-19. Voir détails ci-dessous :

 

 

Fatma Wangare, d’Inclusion Afrique, nous a présenté le contexte africain, dans lequel moins de 7% des personnes ayant des handicaps sévères ont accès à des mesures de protection sociale reliées au handicap. Pendant la période de pandémie COVID-19, il y a eu de bonnes pratiques à travers la région, telles que :

  • Ile Maurice : livraison de nourriture à domicile
  • Afrique du Sud : augmentation de la prime d’invalidité
  • Kenya : Plan pour le handicap additionnel et temporaire
  • Sierra Leone : distribution de riz et paiement en espèces ponctuel

Si l’on regarde le contexte du Kenya, un programme important était le Inua Jamii, qui fournissait un système de protection sociale via des transferts d’espèces réguliers et prévisibles. Concernant le thème handicap, le programme identifie et cible des foyers avec des personnes ayant un handicap sévère, mais les critères d’éligibilité restreints signifient que seulement 5% des personnes ayant un handicap sévère reçoivent cette indemnité. Le Conseil National pour Personnes en situation de Handicap a mis de côté 200 milions de Shilling kényan pour amortir les effets de la pandémie pour 33 333 personnes en situation de handicap, mais cette fois le ciblage a été fait au niveau communautaire avec la participation et approche de multiples agences bien que les critères d’éligibilité soient restés les mêmes.

Au Timor-Leste, Joaozito dos Santos a présenté la situation du pays avant la pandémie de la COVID-19, qui était que deux tiers de la population vivait avec moins de 2US$ par jour et qu’environ 38 000 personnes ont un handicap. Pendant la pandémie, les interventions du gouvernement n’ont pas pris en compte les besoins d’inclusion des personnes ayant des handicaps tant en termes d’informations que d’accessibilité aux installations de nettoyage des mains. Seules quelques ONG internationales et des Organisations pour Personnes Handicapées (DPOs) ont fourni un soutien humanitaire pendant la pandémie de la COVID-19, comme la distribution de nourriture, des posters, des liquides hydro-alcooliques, des masques faciaux et d’autres besoins basiques. De plus, le schéma mis en place par le Ministère de Solidarité Sociale et d’Inclusion, la subvention pour les familles et foyers pour la COVID-19, a présenté de sérieuses barrières pour les personnes en situation de handicap, comme : un manque d’accès à l’information des leaders de la communauté, un manque des documents requis et de longs processus bureaucratiques, les personnes en situation de handicap ne vivent pas dans des foyers établis et n’ont donc pas accès à la carte foyer/famille (Fixa de Familia)… entre autres, ce qui a pour conséquence un non accès aux bénéfices.

Si l’on regarde le contexte en Indonésie, Karishma Huda, du Programme Makhota en Indonésie, a partagé comment la COVID-19 a impacté leur population en situation de handicap à travers une étude menée par son équipe. Environ 60% des répondants sont engagés dans du travail informel, ont des revenus imprévisibles et sont fortement susceptibles de subir des chocs salariaux pendant une crise. L’information la plus frappante était que jusqu’à 69% des répondants sont certainement devenus pauvres ou encore plus pauvres qu’avant depuis la COVID-19. Voir les détails ci-dessous :

 

Parmi les mesures de réponses du gouvernement prises en juin 2020, étaient des assistances alimentaires, des transferts d’espèces sous conditions, des subventions d’électricité, des formations professionnelles, des transferts d’argent aux villages, des stimulations financières pour les Très Petites Entreprises (TPE) et Petites et Moyennes Entreprises (PME), et des programmes de transferts de riz. Dès juillet 2020, la plupart des personnes ayant un handicap qui étaient interrogées avaient reçu une forme de protection sociale pendant la pandémie grâce à une combinaison d’assistances aux niveaux natioanl, local et de leur village. Les transferts de fonds sont vus comme la plus importante forme d’assistance pour eux comme ils aident à adresser des problèmes spécifiques à leur handicap.

Après les présentations, les panélistes ont discuté des recommandations clés pour une protection sociale plus inclusive et solidaire des personnes en situation de handicap. Voilà certaines d’entre elles :

  • Développement d’un registre national du handicap incluant l’évaluation de critères de soutien accessibles à tous ;
  • Investir et développer les services de soutien de la communauté ;
  • Cibler et définir des critères pour se concentrer sur le soutien au handicap ;
  • Etendre les subventions à toutes les personnes en situation de handicap ;
  • Accès à l’information ;
  • Design, implémentation et suivi des programmes de protection sociale pour obtenir plus d’engagement de la part des personnes ayant des handicaps.

Le webinaire s’est terminé par une session de Questions et Réponses vivante et engageante, disponible ici.

Ce post résume la trentième session de la série de webinaire « Réponses en Protection Sociale à la COVID-19 ». Cette série est un effort conjoint initié par l’IPC-IG, la GIZ via le Ministère Fédéral Allemand pour la Coopération Economique et le Développement (BMZ) et le Ministère des Affaires Etrangères Australien (DFAT) en collaboration avec la plateforme socioprotection.org, et en coopération avec des partenaires de différentes organisations. Rejoignez la communauté virtuelle ''Social protection responses to COVID-19 [Task force]'' pour en apprendre plus sur cette initiative.

Traduit de l’Anglais par Alice Caviale

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