Le webinaire « Couverture sanitaire universelle (CSU) et crise du Coronavirus – défis et solutions ou comment maintenir les soins de santé essentiels tout en luttant contre la COVID-19 » s’est tenu le 12 avril 2020. Il était le 10e de la série de webinaires « La Protection sociale comme réponse à la COVID-19 ». Il a été coorganisé par le Fonds des Nations Unies pour l'Enfance (UNICEF), l’Organisation panaméricaine de la santé / Organisation mondiale de la santé (POS/OMS) et le International Policy Centre for Inclusive Growth (IPC-IG), en collaboration avec la GIZ pour le compte du ministère du développement économique et de la coopération de la république fédérale d’Allemagne (BMZ) et le département des affaires étrangères et du commerce du gouvernement australien (DFAT).  

Avec des exemples du monde entier de gouvernements qui apportent et adaptent sans cesse des mesures pour amortir les impacts de la pandémie de COVID-19, ce webinaire avait l’objectif de contribuer à un échange international d’expériences. Il devait permettre de mieux comprendre les défis et les solutions apportées, améliorer l’efficacité des réponses interdisciplinaires et promouvoir la coopération et l’apprentissage entre les pays, et notamment la coopération sud-sud et la coopération triangulaire.

L'événement était modéré par le Dr James Fitzgerald, directeur des systèmes et services de santé de l'OPS/OMS, et comportait des présentations de

  • Dr Choe Young June, MD, PhD, Département de médecine sociale et préventive, Collège universitaire de médecine, République de Corée
  • Dr Robin Nandy, conseiller principal et chef du département Vaccinations, UNICEF
  • Dr. Yu Wenzhou, Centre national d'immunisation de Chine, Centre de contrôle des maladies, République populaire de Chine

L’enregistrement est accessible ici. Les présentations sont disponibles ici.

Après avoir souhaité la bienvenue aux participants, présenté les panélistes et présenté le déroulé du webinaire, le Dr James Fitzgerald a donné un aperçu du contexte actuel de la COVID-19 et de ses conséquences sur la continuité des services de santé essentiels. Le Dr Fitzgerald a rappelé que la maladie avait entraîné d'énormes pertes de vies humaines et de moyens de subsistance dans le monde entier, ce qui a eu un impact sur notre santé et nos économies. Il a souligné l'impact énorme sur les soins de santé primaires, en particulier le risque élevé de transmission parmi les professionnels de santé ainsi que le transfert de moyens du niveau primaire vers les niveaux secondaire, tertiaire, ou même vers les hôpitaux spécialisés.

En conséquence, le Dr James Fitzgerald a noté les liens d’interdépendance entre la santé, la protection sociale et le développement économique, en soulignant la nécessité d’avoir des systèmes de santé solides capables de répondre à une crise tout en garantissant des services de santé essentiels. Il a souligné la fausse dichotomie entre réponse à la COVID-19 et fourniture de soins de santé essentiels, et pas seulement au niveau des soins primaires.  Il a souligné diverses alternatives pour garantir des services essentiels via le premier niveau de soins, telles que la télésanté, la téléconsultation, les cliniques mobiles et d'autres mécanismes innovants tels que les agents de santé communautaires. 

La capacité des systèmes de santé à répondre à la COVID-19 et à fournir en même temps des services de santé essentiels : L'expérience de la Corée

Le Dr Choe Young June a partagé quelques expériences de la Corée du Sud concernant la réponse à la COVID-19. En ce qui concerne la situation actuelle dans le pays, la Corée du Sud semble avoir aplani la courbe entre fin mars et avril, et des discussions sont en cours pour la réouverture. Elles ont malheureusement été reportées car le pays a connu une hausse des cas ces derniers jours. Le Dr Choe Young June a présenté la structure du système de santé en Corée du Sud, notant l'existence d'un service national d'assurance maladie, unique système d’assurance sociale qui couvre 100 % de la population coréenne (voir diapositive ci-dessous).  Il a également fait remarquer que le secteur privé est un fournisseur important de services de santé et que le secteur public en représente moins de 10 %. Par conséquent, le système est basé sur la tarification à l’acte. En détaillant l’approche de la CSU de la Corée, le Dr Choe Young June a montré comment le gouvernement a choisi d'inclure l'assurance maladie à base communautaire, avec l'assurance sociale publique, pour former un service d'assurance maladie national complet.  Il a également souligné le fait que le système n'est pas seulement universel, mais qu'il s'efforce de garantir l’accès à la population.

 

 

En ce qui concerne la réponse à la COVID-19, le Dr Choe Young June a détaillé l'expérience de la Corée du Sud en matière de tests et d'introduction rapide des kits PCR, qui a été étendue à tout le pays de manière très rapide. L'assurance maladie nationale a permis la gratuité des tests en cas de lien épidémiologique ou une suspicion de COVID-19.  De même, le Docteur a parlé de l'augmentation du nombre de lits d'hôpitaux dans le pays depuis 15 ans et la disponibilité d'unités d'isolement dans les établissements de santé (voir diapositive ci-dessous).

 

 

Le Dr Choe Young June a décrit le rôle de l'assurance maladie nationale dans la réponse à la COVID-19 et a expliqué que des politiques ont été mises en place pour amortir l'impact financier sur les populations vulnérables et dans les zones sensibles. En outre, le gouvernement a étendu cette politique aux étrangers résidant en Corée.

Quelques défis ont également été discutés, en particulier le goulot d'étranglement dans le système de tri et la diversification des centres de santé communautaires pour répondre à la COVID-19. Ces défis ont également entraîné l'arrêt des services de vaccination (vaccins antipneumococciques pour adultes) et le traitement systématique des maladies non transmissibles, entre autres.

Enfin, il a été reconnu que le modèle coréen de CSU apportait une réponse solide à la COVID-19 en termes d'efficacité et d'équité, notamment par le biais des tests et des traitements. Les partenariats public-privé ont également été mis en avant comme des initiatives réussies pour relever ces défis.

 

Fournir des services de santé essentiels, dont la vaccination pendant la COVID-19 et le lien avec les capacités des systèmes de santé et la couverture sanitaire universelle

Le Dr Robin Nandy, a abordé le sujet dans une perspective mondiale plus large et s'est concentré sur un aspect particulier des soins de santé primaire : la vaccination. La présentation a commencé par une description de l'état de la vaccination avant la pandémie, en notant que la couverture vaccinale mondiale DTC3 a été constante au milieu des années 80 et a stagné au cours de la dernière décennie. Il a également souligné qu'avant la COVID-19, environ 20 millions d'enfants étaient sous-vaccinés ou non vaccinés, et que plus de 13 millions d'enfants n'avaient pas accès aux services de vaccination (voir diapositive ci-dessous). Il a souligné que dans le cadre du partenariat mondial pour la vaccination, l'accent avait été mis sur la lutte contre ces inégalités, en atteignant les 20% d’enfants qui ne sont pas vaccinés dans les communautés les plus défavorisées.

 

 

L'UNICEF, avec la Fondation Bill et Melinda Gates, préside le Equity Reference Group for Immunisation et sert de groupe de réflexion pour approfondir les questions liées à la vaccination.  Les données montrent que la plupart des enfants n’ayant jamais reçu aucune dose n'ont reçu aucun vaccin et ne bénéficient probablement pas non plus d'autres soins de santé. Cette situation est aggravée par leurs conditions de vie : zones rurales éloignées, bidonvilles urbains et zones de conflit. Ainsi, alors que le défi de la pandémie COVID-19 se poursuit, celle-ci exacerbe ces inégalités, et a un impact sur la prestation de soins de santé essentiels.

Le Dr Robin Nandy, a expliqué comment l'OMS et l'UNICEF, ainsi que d'autres partenaires mondiaux, ont élaboré des lignes directrices pour gérer la vaccination dans le contexte de la COVID-19, en réaffirmant que la vaccination fait partie intégrante des soins de santé primaires et donc des soins de santé universels. Ces lignes prévoient qu'il peut y avoir des contraintes et peuvent s’adapter avec d’autres modalités de distribution afin de prévenir la propagation de la COVID-19 tout en assurant les services de vaccination. L'un des principaux aspects des lignes directrices est la continuité de la surveillance de la vaccination et, plus important encore, le suivi de la perturbation des services.

Pour tenter de recueillir des données sur l'impact des services de vaccination, une enquête a été menée conjointement par l'Organisation mondiale de la santé, le GAVI et le Sabin Institute, ainsi que par l'UNICEF, en recueillant des données auprès de 800 répondants de diverses régions du monde. Le Dr Robin Nandy a rappelé que 74 pays ont fait état d'une certaine perturbation des services de vaccination. Il a averti que même les pays qui ne signalent pas de perturbations dans la prestation des services sont incapables d’accueillir les populations en raison des mesures de confinement et de l’éloignement physique. Cette situation est aggravée par la crainte d’être exposé à la COVID-19 dans les établissements de santé. Cela est attesté dans la partie qualitative de l'enquête qui révèle que les parents n'emmènent pas leurs enfants se faire vacciner. L'UNICEF coordonne également des scénarii de modélisation des impacts avec des acteurs clés (École de médecine tropicale, Institut de l'Université d'État de Penn).

Le défi de l’approvisionnement et des chaînes d'approvisionnement a également été abordé, car il y a eu une énorme perturbation des vols commerciaux, en particulier sur le continent africain, ce qui a entravé la capacité de l'UNICEF à acheminer les fournitures et les vaccins vers les pays. Cela a entraîné une réduction à un cinquième de ce qui était prévu pour la période. Dans ce contexte, il est vraiment important d'engager les fournisseurs et de hiérarchiser les expéditions, afin de s'assurer qu'elles se rendent aux bons endroits pour éviter les ruptures de stocks de vaccins.

En ce qui concerne les prochaines étapes, le Dr Robin Nandy a réaffirmé la collaboration avec les partenaires du Groupe de Coordination pour continuer à suivre les impacts sur les programmes de vaccination, au même titre que les programmes de soins obstétriques essentiels et de soins néonatals. Un soutien et des conseils continueront à être fournis avec des adaptations au cas par cas en raison du contexte et des facteurs de risque de chaque pays. La pertinence d'événements tels que ces webinaires a été soulignée en tant que plateformes d'échange de bonnes pratiques et de diffusion des connaissances.  A l’attention des Etats, le Dr a réitéré l’invitation à initier la planification, assurer la disponibilité de l'approvisionnement et des ressources pour une reprise rapide des services de vaccination afin de rattraper les doses manquées, évitant ainsi une épidémie de maladies évitables par la vaccination. Il a souligné l'importance des services de vaccination, dans un contexte post-COVID-19, où les pays vont avoir moins de ressources disponibles et souhaitent gagner en efficience.

 

La capacité des systèmes de santé à répondre à la COVID-19 et à fournir en même temps des services de santé essentiels : L'expérience de la Chine

Le Dr Yu Wenzhou, a présenté l'expérience chinoise par rapport à l’impact de la pandémie sur les services de vaccination et les stratégies mises en place pendant l'épidémie. Il a noté que, en ce qui concerne la COVID-19, la majorité des cas se trouvait en Chine orientale et centrale. En janvier 2020, les vaccinations ne représentaient que 70% de celles qui avaient été effectuées en décembre 2019. En février 2020, elles ne représentaient que 26 % de celles de décembre 2019 (voir diapositive ci-dessous). En mars, la plupart des provinces ont relancé les vaccinations, de sorte que le nombre de doses est presque revenu à un niveau normal. En Chine, l'hépatite B et la tuberculose sont les maladies infectieuses à contrôler en priorité, d'où la nécessité de fournir le vaccin le plus tôt possible. Le vaccin contre la rage et l'anatoxine tétanique, ont également été considérés comme prioritaires. Le gouvernement a procédé à une évaluation des risques selon laquelle :

  1. Les vaccinations de routine étaient assurées par les cliniques de vaccination dans les zones à faible risque
  2. Les vaccinations étaient assurées avec prudence dans les zones à risque moyen
  3. Les cliniques du PEV arrêtaient les vaccinations dans les zones à haut risque

 

On estime que 59,8 millions de doses de vaccin ont été retardées ou non-délivrées en raison de l'épidémie du 22 janvier au 8 avril 2020. En conséquence, le gouvernement entame un processus de rattrapage qui devrait être achevé dans les deux prochains mois. La stratégie à mettre en œuvre est triple : (i) en triant le statut vaccinal par le biais du système d'information sur la vaccination pour les enfants répertoriés ; (ii) en mobilisant le personnel communautaire et les médecins vaccinateurs pour trouver les enfants non vaccinés via des visites à domicile ; (iii) en téléphonant aux parents ou via WeChat pour vérifier le statut de vaccination.

Le Dr Yu Wenzhou, a commenté les progrès des mesures de vaccination de rattrapage, et a souligné que dans l'ensemble, les progrès sont de 69%, la province du Hubei étant la plus touchée par la COVID-19 avec 45% le 12 mai. Enfin, il a résumé son intervention en rappelant que 80% des cliniques ont suspendu les services de vaccination pendant une période de 1 à 2 mois durant l'épidémie, et qu'il a été demandé à toutes les cliniques de fournir la première dose de vaccin contre l'hépatite B et le BCG, ainsi que pour le vaccin contre la rage et l'anatoxine tétanique. En outre, il a été demandé à tous les comtés de procéder à une évaluation des risques avant de fournir un service de vaccination et de trouver un équilibre entre la vaccination de rattrapage et vaccination de routine. En Chine, un système d'immunisation solide a ainsi permis de garantir, malgré la pandémie, une campagne de vaccination de rattrapage ainsi qu’un service de vaccination de routine.

 

Les intervenants ont posé plusieurs questions :

Q1 : Les ressources étant limitées pour la COVID-19 dans le monde en développement, que mettons-nous en place pour assurer la prestation de services de santé primaires sans exposition supplémentaire au COVID 19 ? Comment rétablir la confiance avec les communautés pendant et après la COVID-19 ?

Le Dr Choe Young June, a indiqué que les couvertures vaccinales avaient chuté tant pour les enfants que pour les personnes âgées, et a souligné les défis à relever pour maintenir les services pendant la pandémie. Il a également souligné l’efficacité des partenariats public-privé.

Le Dr Yu Wenzhou a souligné l'importance des agents de santé communautaires et leur rôle non seulement dans le contrôle de l'épidémie, mais aussi dans la fourniture des soins primaires.

Le Dr Robin Nandy, a rappelé la complexité de la situation, et la nécessité pour les autorités de donner des lignes de conduite de manière pragmatique, en tenant compte du contexte. Ainsi, il faut trouver des équilibres et conserver la possibilité de revoir et d'adapter sur la base de l'évaluation des risques. Il a appelé à la convergence des différentes initiatives afin de mieux reconstruire avec un ensemble de services complet. 

 

Q2 : En ce qui concerne les leçons que nous tirons quant à la capacité de réaction de nos systèmes de santé, comment utiliser cette expérience pour faire en sorte que les systèmes de santé évoluent vers une couverture sanitaire universelle ?

Le Dr Choe Young June, a rappelé le processus de réforme en Corée au cours des 15 dernières années, et la transition vers un système unique de couverture sanitaire. Il a également souligné certains des défis, comme les niveaux élevés du reste à charge, ainsi que l'impact disproportionné sur les populations économiquement vulnérables.  La complémentarité des systèmes public et privé a également été abordée.

Le Dr. Yu Wenzhou a fait référence aux leçons tirées de l'épidémie de SRAS et a noté la nécessité de regagner la confiance du public dans le système de santé. Il a également souligné la nécessité d'accroître les ressources des systèmes de santé.

Le Dr Robin Nandy a souligné l'impact sur les populations vulnérables et la nécessité d'identifier les lacunes en matière de couverture sanitaire, qui pourraient être comblées par des secteurs complémentaires comme la santé et la protection sociale. L'importance des soins de santé primaires dans cette pandémie et celles à venir a également été soulignée, ainsi que les défis auxquels les politiques de soins de santé primaires sont confrontées.

Conclusion

Dans ses conclusions, le Dr James Fitzgerald a remercié les membres du panel pour leur précieuse contribution et a résumé les points suivants :

1. les systèmes de santé doivent être en mesure de répondre à la pandémie, et de se reconfigurer/réorganiser de manière à pouvoir assurer la fourniture de tous les services de santé essentiels ;

2. il ne s'agit pas seulement d'une question de couverture, de garantir les ressources nécessaires aux systèmes de santé, il s'agit en fait d'abattre les obstacles à l'accès aux soins de santé et de supprimer les problèmes liés aux barrières financières, géographiques et culturelles, afin que nous puissions atteindre toutes les populations en termes de soins de santé essentiels ;

3. les soins de santé primaires sont une stratégie importante, qui peut avoir une forte capacité de résolution au premier niveau de soins et qui répond aux besoins des populations ;

4. le financement de la santé, dans un contexte de récession financière mondiale doit être garanti et augmenté. Dans le cas contraire, aucune leçon ne serait tirée de cette pandémie.

Le webinaire a été suivi d’une séance de questions/réponses accessible ici.

 

Références

Equity Reference Group for Immunization

Policy Brief: The Impact of COVID-19 on children

UNICEF (2020): Coronavirus (COVID-19) Global Response

UNICEF (2020): Protecting the most vulnerable children from the impact of coronavirus: An agenda for action

OMS (2020): Bacille Calmette-Guérin (BCG) vaccination and COVID-19

OMS (2020): COVID-19: Operational guidance for maintaining essential health services during and outbreak

OMS (2020): Guiding principles for immunization activities during the COVID-19 pandemic: interim guidance

OMS et UNICEF (2020): FAQ: Immunization in the context of COVID-19 pandemic

OMS, UNICEF and IFRC (2020): Community based health care including outreach and campaigns in the context of the COVID 19 pandemic

 

Cet article fait partie de la série de webinaires La Protection sociale comme réponse à la COVID-19. Cette série est un projet conjoint du IPC-IG, la GIZ pour le compte du ministère du développement économique et de la coopération de la république fédérale d’Allemagne (BMZ) et le département des affaires étrangères et du commerce du gouvernement australien (DFAT) en collaboration avec socialprotection.org et en coopération avec des partenaires de différentes organisations. Rejoignez la communauté en ligne « Les réponses de la protection sociale à la COVID-19 » pour en savoir plus sur les initiatives en cours et les futurs webinaires.

 

Traduit de l'anglais par Romain Chave 

 

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